20
avr

Thierry Le LuronPlus acide que lui, tu meurs ! Thierry Le Luron, non content de brocarder nos ministres et nos stars au théâtre du Gymnase (où il triomphe depuis un an), sort une cassette qui regroupe les meilleurs extraits de son spectacle. Nous l’avons soumis à la question. Et il n’hésite pas à régler quelques nouveaux comptes.

Quels souvenirs gardes-tu de ta nuit de noces avec Coluche ?

Un énorme souvenir. Mais nous n’avons pas consommé, c’est un mariage blanc, un mariage d’humour.

M. Glandu paye-t-il sa redevance magnétoscope ou bien a-t-il acheté son appareil sous un faux nom ?

Il n’a rien déclaré du tout… M. Glandu fraude, c’est combines et système D, comme pendant la guerre, délation, lettres à la Gestapo, adresses des Juifs et indication du plan des FFI !

Préférerais-tu passer une nuit avec Mourousi ou avec un nageur de combat ?

Ni l’un ni l’autre, je trouve que Mourousi est assez tarte, quant aux nageurs de combat, ils sont tellement peu discrets… Je préfèrerais Stéphanie de Monaco.

A ce propos, qui a le plus de grâce, Stéphanie ou Caroline ?

Pour répondre sérieusement, je dirai que Stéphanie ressemble plus à sa mère, Caroline à son père. Elles sont le charme et la grâce personnifiées toutes les deux et je les adore.

Est-ce que tu connais ton signe astrologique chinois ?

Non, je ne sais pas. Je suis né en 52. Mais j’avais lu ça une fois dans un journal et c’était tout à fait ça.

Est-ce que d’une manière générale tu t’intéresses à l’astrologie et à la voyance ?

Pas à la voyance, non. Cela dit, on peut se poser des questions quand on pense au voyage catastrophique de Mitterrand à Mururoa : le Concorde est tombé en panne, on en a pris un deuxième et envoyé un troisième pour les pièces détachées, la fusée Ariane a joué les sous-marins et l’hélicoptère n’a pas décollé.., et tout ça est arrivé un vendredi 13 ! Étrange, non ?

Si tu devais faire un hit parade de l’imbécillité, qui ou quoi classerais-tu dans les trois premiers ?

Y il aurait certainement des ex-aequo. J’en avais parlé il y a longtemps avec des amis, on voulait faire le «prix-andouille» de la télévision, de la radio, etc. On ne désespère pas de faire ce prix.  Mais, personnellement, je ne donnerais pas le palmarès sans qu’on en ait décidé à plusieurs. Dans ce domaine, je vais être lâche !

Est-ce que tu comptes imiter un jour Coluche, ou est-il inimitable ?

Ah, il est tout à fait inimitable comme Raymond Devos d’ailleurs. C’est facile de faire la voix de Coluche ou de Devos, mais restituer leur humour, avec d’autres textes, sous-entendrait qu’ils seraient plus drôles que les originaux et ça serait d’une grande prétention.

Je crois que tu as pour Coluche une grande amitié et une grande estime ?

Et beaucoup d’admiration, de la gratitude aussi, pour l’ensemble de la corporation, parce qu’il a fait formidablement évoluer l’humour en France ; et je crois que c’est grâce à lui que les portes sont ouvertes et qu’on peut vraiment tout dire. Il a fait reculer les limites et les tabous.

Liberté, liberté, chérie…

Moi j’avoue que j’ai horreur des limites, c’est pas comme Laurent Fabius qui a eu l’hypocrisie de dire, le rendement de son émission avec Michel Drucker à «Champs Élysées» : «Je suis contre toute censure, mais il y a des limites». Voilà toute l’ambiguïté du Premier ministre ! J’avoue que je ne suis pas du tout anti-socialiste, mais je suis assez anti-Fabius. Le côté fils de milliardaire qui essaye de jouer les prolos, moi ça me dérange. Il planque sa Ferrari au garage pour rouler en 2 CV. Quand on rentre chez son tonton boulevard Haussmann, il n’y a rien à moins de trois milliards. Je trouve qu’après, parler du Smic, du chômage et se prétendre un leader de gauche… Pour reprendre sa phrase «il y a des limites» !

Est-ce que tu ne penses pas que certains sketches assez corrosifs peuvent être mal perçus par une certaine catégorie de ton public ?

Les gens comprennent chacun à leur niveau. Coluche aussi quand il dit des blagues racistes, il y a des gens qui trouvent ça drôle au tout premier degré. Il y a une chose dont j’ai particulièrement horreur, c’est le racisme, c’est pour ça que j’attaque Jean-Marie Le Pen, qui me fait un procès et me réclame 30 millions de centimes de dommage et intérêts. Je crois que je suis l’artiste qui aura dit les choses les plus violentes contre lui, je trouve honteux que les catholiques pratiquants soient derrière lui, parce que le message du Christ n’avait aucun rapport avec les paroles de M. Le Pen. Notamment en ce qui concerne les immigrés, les Noirs, les Arabes et les Juifs…

Thierry Le Luron2Tu es collectionneur de DinkyToys, collectionnes-tu les procès ?

Ça ne me dérange pas les procès : j’en ai eu un avec l’éditeur de Charles Trenet, et j’ai gagné, j’en ai eu un avec François Chalais, là j’ai perdu parce que ça remonte à longtemps, je parlais de ses activités pendant l’Occupation. Là, je vais avoir un procès avec le Nouvel Observateur parce que dans un article qui s’intitulait «Les Français fraudent le fisc», ils m’ont mis dedans en disant que j’achetais des appartements et des voitures de luxe avec des revenus dissimulés. C’est de la diffamation pure et simple. Ce qui fait que je vais les attaquer.

J’ai l’impression que tu apprécies plus le Ricard que le Rocard, pourtant, le Rocard met de plus en plus d’eau dans son socialisme…

Je dois dire que j’aime bien les deux. Rocard, franchement, je trouve que c’est un type très bien, j’ai eu l’occasion de lui écrire il y a longtemps et il m’a répondu. C’est le seul homme politique que je n’ai jamais attaqué. Mais, de toute façon, je suis en train de me demander si j’irai voter aux prochaines élections, parce que c’est devenu un tel flou ! La droite est de plus en plus modérée, la gauche fait un virage. Il y a des gens très honnêtes finalement, c’est les communistes qui ont dénoncé les premiers le virage à droite du PS. Seulement je me sentirais assez proche de Bergeron par exemple. Je trouve que c’est un des rares à ne pas dire de conneries. Krazuki, j’aime moins ! Mais je vois pas pourquoi il fait si peur que ça, il vit toujours avec sa maman et il a 63 ans…

A propos de Gorbatchev, qui est venu nous rendre visite, le fait qu’il soit moins âgé que ses prédécesseurs te le rend-il plus sympathique ?

Au contraire, c’est très dangereux ! Même si sa femme a l’air d’aimer St Laurent et Pierre Cardin. Il est très effrayant ce M. Gorbatchev. Je trouve que les Occidentaux sont très cons avec l’Union Soviétique. C’est chercher à apprivoiser un tigre que d’être copain avec ces gens-là. Ça me rappelle Vichy, Pétain et Laval avec les Allemands. Et la vision du drapeau rouge sur les Champs-Élysées m’a fait vomir. On voit la faiblesse d’un pouvoir au décorum qu’il emploie. Plus le régime est grotesque, plus ce décorum est théâtral. Les socialistes ont un peu baissé de ton en ce domaine, je me souviens quand j’étais au théâtre Marigny, à côté de l’Élysée, on entendait sans arrêt la sirène des motards, Mme Mitterrand avait oublié un Tampax quelque part et on envoyait quatre motards pour aller en chercher au Drugstore !

Est-ce que tu penses que la régie Renault roule mieux sur route qu’Une Renault dans les escaliers ou le contraire ?

Moi je préfère la Régine Renault ! Quant à Line, elle est en train d’essayer de sensibiliser les gens sur le Sida. Je trouve ça extra de sa part parce qu’elle n’a pas de disques à vendre, pas de livres à faire éditer. Elle le fait gratuitement à tous les sens du terme et je trouve ça sympa. Et je n’imite plus Line Renaud, ni Alice Sapritch ou Denise Fabre, car j’ai préféré perdre trois bons modèles et garder trois amies.

A ton avis, ton amie Alice Sapritch est-elle plutôt vaginale ou plutôt clitoridienne ?

Je pense qu’elle est clitoridienne, car je lui ai connu quelques amants et je ne crois pas qu’elle soit vaginale.

Dans la musique, préfères-tu Boy George, Madonna, Springsteen ou Marcel Amont ?

Springsteen, j’aime beaucoup Madonna, je pense qu’elle est très bien à poil, Boy George je le trouve un peu bidon et très laid. En revanche, Bruce Springsteen, c’est quelqu’un qui a fait des tas de chansons pour des tas de gens aux USA, il a une gueule, une voix. C’est une des plus grandes stars actuelles. Quant à Marcel Amont… c’est un Mystère.

Bernard Tapie, Président ?

Ah non ! Déjà on a le mec qui a manigancé un attentat bidon à l’observatoire contre lui-même, qui a joué les Ponce Pilate dans l’affaire Green peace, tout cela n’est pas bien reluisant, on ne va pas descendre d’un cran supplémentaire ! En un mot, Bernard Tapie je le trouve indécent.

Est-ce qu’on t’a déjà invité au «Jeu de la vérité» ?

Oui. J’irai pas. Je trouve ça indécent aussi. C’est une émission vulgaire, qui tient du voyeurisme et qui n’a d’ailleurs servi qu’une seule personne à ce jour, c’est Patrick Sabatier. Je m’élève contre la starisation des présentateurs de télévision. Il y a des gens qui commentent la pluie et le beau temps, comme Mourousi, et qui finissent par croire qu’ils sont le soleil. En l’occurrence c’est plutôt un désastre. Dans le cas de Mourousi, son talent n’est pas en cause et je le prends pour un journaliste intelligent même s’il a l’échine très souple. Mais ça me fait chier qu’il se soit marié comme le Prince Charles. Je trouve cela grotesque. Et quand il va parler de Pierre Cardin, de la nouvelle Mercedes, de MM. Poilâne ou Cacharel, du champagne Besserat de Bellefond, ce sera quoi ? Du renvoi d’ascenseur ? Il devrait y avoir des règles déontologiques plus sérieuses.

Qu’est-ce que tu lis ?

Je vais chercher Libé au kiosque des Champs-Elysées toutes les nuits vers 1 heure et demie. Avant je lisais Actuel, mais maintenant je trouve ça complètement bidon. A part ça, je lis les magazines, je lis même parfois l’Humanité dans les avions quand c’est gratuit parce que je ne voudrais pas apporter ma (modeste) contribution financière au parti communiste.

Est-ce que tu es plutôt du genre «il faut manger pour vivre» ou «il faut vivre pour manger» ?

Je suis tout à fait entre les deux. Ça fait exactement seize ans que je dîne et dépense au restaurant tous les jours. Je dois manger chez moi en moyenne quatre fois par mois. Je suis tout le temps dehors. Je vais chez Lipp en permanence, sinon j’aime bien Guy Savoy. Je suis allé une fois chez Dutournier, c’est extraordinaire. J’adore allez Wong, L’ami Louis. L’Indra, c’est ma façon de voyager et c’est moins cher qu’un billet d’avion.

Coluche fait du cinéma, Sébastien fait du cinéma. Le Luron va-t-il faire du cinéma ?

Je crois que j’ai pas grand chose à voir avec ces deux-là ! Coluche fait du cinéma, mais c’est une star et il remplit les salles, Sébastien fait du cinéma, mais il les vide ! Alors moi, disons que ce que j’aimerais bien, c’est faire du cinéma avec Coluche. Mais le jour où j’en ferai, ce sera parce que ça me plaira vraiment et que j’apporterai quelque chose.

Est-ce que tu as vu des films sympas ces temps-ci ?

J’ai vu James Bond, il y avait des longueurs et je trouve que pépé maintenant, il est fatigué… Pourquoi ils en prennent pas un plus jeune ? En plus je ne trouve pas que Roger Moore soit un comédien exceptionnel. J’ai pas vu «Mad Max» car je trouve ça beaucoup trop violent et le futur préhistorique me fait chier. J’irai sans doute voir Serrault et Rampling dans leur dernier film car ils sont tous les deux fascinants, et pour moi Serrault est le plus grand acteur actuel. C’est un fou. Un vrai fou, je veux dire, digne de l’asile, mais il est génial. J’aime aussi beaucoup Depardieu. J’ai d’ailleurs vu «Police» et je pense que Sophie Marceau sera une très grande actrice. Avant je la prenais pour une conne, mais j’ai changé d’avis… «Police» c’est le meilleur film que j’ai vu cette année, parce qu’on a l’impression que c’est la réalité. Tout sonne vrai. Est-ce que tu es abonné à un vidéoclub ? Oui, même à plusieurs. Généralement, je vais chercher des films pour le week-end, mais je n’ai jamais le temps de les voir, ce qui fait que je les garde, je les rends un mois après et je paye des sommes astronomiques !

Est-ce que tu es sensible à la publicité ?

Je la regarde rarement, mais je trouve que Sapritch est très bien dans son Jex four. En fait j’aime la pub qui fait rire, je trouve que les créateurs français ne sont pas loin d’être les meilleurs au monde, tant que ça ne leur tombe pas sur la tête, comme pour Séguéla, où la mégalomanie se substitue au talent. A part ça, j’aime pas la publicité mensongère, par exemple lorsque les produits vantés s’avèrent être de mauvaise qualité.

En cas de naufrage ou d’incendie, tu sauverais en priorité une tortue, une bouteille de Château Pétrus ou un exemplaire du manifeste des droits de l’homme ?

Le Pétrus. De préférence un 70…

Est-ce que tu comptes prendre une bonne cuite le 31 décembre 1999?

Oui, certainement. Pour moi toutes les occasions de prendre une cuite sont bonnes ! J’aime beaucoup le vin d’ailleurs, parce que c’est la nature et le travail de l’homme. Le climat du Médoc ou du St-Emilion c’est quelque chose d’inouï. C’est un art de vivre. Je suis très épicurien et je pense foncièrement que lorsqu’on est riche, il vaut mieux acheter un vignoble du bordelais qu’une île déserte…

07
avr

Grande, longiligne, elle traverse le hall de l’hôtel Lancaster, près des Champs-Elysées, où nous avons rendez-vous ce matin-là. Cette jeune femme aux yeux verts cachés derrière des lunettes foncées, les pommettes hautes, le visage piqué de taches de rousseur, les cheveux miel coupés courts, qui se love dans un fauteuil, n’est pas l’un de ses mannequins qui défilent dans les magazines de mode, l’allure d’un glaçon. Chaleureuse, cool, de bonne humeur, Charlotte Rampling ne vous fait pas le coup de la star qui attend qu’on se mette à genoux devant sa beauté. Bien au contraire, elle est d’une simplicité totale et vous met à l’aise en vous proposant de prendre un café. Cette Anglaise romantique ne sacrifie pas à la traditionnelle cup of tea. Etrange. Pas du tout. Miss Rampling, à l’exemple d’une autre British Jane Birkin, est devenue la plus française des comédiennes d’outre-Manche. Depuis une quinzaine d’années, elle vit en France un bonheur conjugal avec le compositeur Jean-Michel Jarre et leurs trois enfants. La langue de Molière, Charlotte l’a apprise dès l’âge de neuf ans. Son père, militaire de carrière, était en garnison à Fontainebleau dans les forces de L’Otan. Elle a connu l’école communale en région parisienne avant de repartir en Grande-Bretagne, durant les sixties, en plein Beatlemania. C’est d’ailleurs sous la direction de Richard Lester, le réalisateur de «Quatre garçons dans le vent», qu’elle tourne son premier long métrage «Le knack ou comment l’avoir». A 18 ans, elle baigne dans ce qu’on appelle à l’époque «le swinging London». Mais l’appel du large est fort. Au lieu de se cantonner dans la tiédeur des studios britanniques, Charlotte voyage en Iran, au Pakistan, en Afghanistan, et même dans un monastère tibétain… d’Ecosse. Un drame familial l’a frappée, le décès de sa sœur, et elle veut oublier… avant de reprendre le chemin des studios. La jeune comédienne encore inconnue réussit pourtant à se faire engager dans des productionsitaliennes comme «Le Séquestré» de Gianfranco Mingozzi (1968) et surtout «Les damnés», sous la direction du maître Luchino Visconti qui en fait la partenaire d’Helmut Berger et Ingrid Thulin dans un de ses meilleurs films. «C’est probablement avec Luchino Visconti que j’ai commencé à aimer vraiment le métier de comédienne et le cinéma en général, dit-elle. «Les Damnés» m’ont beaucoup aidée à acquérir un nom dans les milieux du cinéma européen». Les Italiens apprécient Charlotte Rampling et ils lui proposent de participer à d’autres films. En particulier «Dommage qu’elle soit une putain» de Giuseppe Patroni-Griffi (1971), «Giordano Bruno» de Giuliano Montaldo (1973) qui ne constituent pas des chefs-d’œuvre impérissables. Cette période Cinecitta (les studios de Rome) reste avant tout marquée par sa confrontation avec Dirk Bogarde, ce n’est pas un vain mot, dans «Portier de nuit» mis en scène par LilianaCavani. Un film extrêmement dur dans lequel Charlotte, soumise aux sévices sexuels de son bourreau, doit aller jusqu’au bout devant les caméras, montrant ainsi un talent que l’on ne soupçonnait pas.Charlotte Rampling Elle prouve avec « Portier de nuit «qu’elle a l’étoffe d’une star internationale et que les metteurs en scène anglais devraient mieux l’exploiter. Hélas, le cinéma britannique est au creux de la vague. Seul John Boorman l’utilise en lui confiant le rôle féminin principal de «Zardoz» face à Sean Connery. Elle tire son épingle du jeu avec l’ex-James Bond. Mais comme, décidément, elle adore bourlinguer, Charlotte accepte de travailler pour la première fois en France, en 1974, dans «La chair de l’orchidée»que réalise Patrice Chéreau. Elle donne la réplique à Simone Signoret. Charlotte ne peut s’empêcher de dire quelques mots gentils sur celle qui a quitté ce monde, notre entretien a lieu au lendemain de sa disparition. «Une grande dame du cinéma qui était gentille avec moi et me considérait un peu comme sa fille. Une professionnelle jusqu’au bout des ongles qui arrivait tôt le matin sur le plateau et en partait tard le soir». Cette expérience avec Patrice Chéreau et Simone Signoret marque un virage important dans la jeune carrière de Charlotte Rampling. Elle s’installe à Paris, ayant trouvé enfin un port d’attache. Ses choix professionnels sont d’une rigueur totale. Quand l’Amérique la réclame, elle n’hésite pas à suivre les traces d’une certaine Lauren Bacall. Atmosphère glauque et noire des films policiers. Imper mastic, regard d’acier, troublante, insaisissable, la voilà dans «Adieu ma jolie» de Dick Richards (1975). Elle séduit l’un des derniers géants d’Hollywood, Robert Mitchum. Une vieille gloire qu’elle retrouve ensuite sur la côte d’Azur pour «Jackpot» de Terence Young. Un film dont le tournage sera malheureusement interrompu pour des raisons financières au bout de quelques semaines. Yves Boisset lui offre son second film dans notre pays avec «Un taxi mauve «d’après le roman de Michel Déon. «Quand j’accepte un scénario, mon choix se fait d’abord sur la personnalité du metteur en scène et sur l’histoire qu’on me propose. En général, je m’arrange pour connaître ses films précédents, et voir la façon dont il traitera le sujet du prochain. Mais j’aime que mon personnage soit fort et qu’il existe véritablement sur l’écran». Sa réputation de perfectionniste ne constitue pas un handicap lorsque Woody Allen, him-self, lui demande d’interpréter un rôle dans «Stardust memories» (en 1979). Charlotte ne cherche pas à faire carrière, comme elle dit, et pourtant, le résultat est là. Elle tourne peu, mais bien, avec les plus grands metteurs en scène et acteurs. Nouvelle preuve, elle attend trois ans pour retrouver l’ambiance des plateaux américains à l’occasion de «Verdict»sous la direction de Sidney Lumet. Même si le rôle qu’elle joue face à Paul Newman, en brillant avocat, paraît limité, Charlotte est ravie de l’avoir tourné. «Un rôle court, mais très fort au niveau des émotions, cela me suffisait. Je ne veux pas porter un film entièrement sur mes épaules. C’est une priorité dans mes choix». Revenue dans sa tanière de Croissy, près de la capitale, Charlotte ne se consacre pas uniquement à sa vie de mère de famille. Elle reste disponible pour les metteurs en scène qui continuent à lui envoyer quantité de scénarios. Elle rencontre Claude Lelouch pour «Viva la vie», avec Michel Piccoli, Anouk Aimée, Jean-Louis Trintignant, et c’est une bonne surprise. Elle a aussi étonné en acceptant de jouer dans «Tristesse et beauté» d’une nouvelle venue à la mise en scène, Joy Fleury. Elle a pris des risques pour cette adaptation cinématographique du roman japonais de Kawabata, puisque le film n’a pas obtenu de succès commercial. Qu’importe, son statut de star n’est pas en cause. Elle ne le regrette pas. Charlotte Rampling obéit à son instinct. Le feeling, comme on dit. Et elle n’en a certainement pas manqué lorsqu’elle a accepté de tourner «On ne meurt que deux fois». Les derniers dialogues de Michel Audiard, et une mise en scène de Jacques Deray. «L’idée d’avoir Michel Serrault comme partenaire était excitante, car je le considère comme l’égal de tous les grands comédiens avec lesquels j’ai déjà travaillé. De ce point de vue, je n’ai pas été déçue. Ensuite, j’aime énormément le personnage de Barbara. Fascinante, diabolique, rieuse, en contradiction perpétuelle. Un personnage cinématographique qui ne me ressemble pas dans la vie…» Après «On ne meurt que deux fois», Charlotte Rampling s’est lancée dans une autre aventure avec «Max, my love» que réalise, aux studios de Boulogne-Billancourt, le Japonais Nagisa Oshima (auteur de «L’empire des sens» et de «Furyo») : «Je suis amoureuse d’un singe. Je ne vous livrerai aucune autre information». A 39 ans, Charlotte Rampling semble désireuse de ne pas se laisser enfermer dans un genre cinématographique. Elle déclare, au contraire, être intéressée par les diverses facettes des personnages que lui offre le cinéma.