La Resistance et les camps de la mort

De tous temps, l’homme opprime n’a qu’un but : se libérer du joug infernal par tous les moyens. Des lors, il entre en clandestinité et s’organise. René Clément tourne, an 1944, dans d’invraisemblables conditions, « La bataille du rail » mi-documentaire, mi-fiction sur le rôle déterminant des cheminots dans Ia Résistance : passage de fugitifs, de courrier, de tracts, envoi de renseignements, opérations de sabotage. Ce film reçoit, en 1946 au Festival de Cannes, le Grand prix international de la mise en scène. « L’armée des ombres», avec Simone Signoret, Lino Ventura et Paul Meurisse, raconte sans fioritures cette guerre souterraine aussi périlleuse que l’autre. La miss en scène ascétique de Jean-Pierre Melville va droit l’essentiel et magnifie les sans-grades et les anonymes qui ont tant fait pour la liberté.

ResistanceDans le même registre, «La ligne de démarcation », réalisé par Claude Chabrol en 1966 d’après un récit du colonel Rémy, relate les faits et gestes quotidiens d’un village du Jura an 1941. Une rivière sert de «frontière » entre la zone libre et la zone occupée. Les passeurs qui aident certains Français à la franchir deviennent de véritables héros sans le vouloir. Il est vrai que c’est dans ces situations extrêmes, comme celles que procurent la guerre, que l’homme se révèle. Dans «Lacombe Lucien» (1974), Louis Malle et son scénariste Patrick Modiano analysent cliniquement la façon dont un être ordinaire devient sans le vouloir un collaborateur de l’ennemi. Et quand il comprend ses erreurs, il est trop tard. La manipulation est valable d’ailleurs dans les deux sens. Dans le registre comique, «La grande vadrouille» raconte comment Stanislas Lefort, un chef d’orchestre, et Augustin Bouvier, un peintre en bâtiment, se trouvent amenés à cacher deux aviateurs anglais. Rien ne les prédisposait un tel acte de bravoure, et les voila résistants malgré eux. Il en va de même pour «Papy fait de la Résistance», de Jean-Marie Poiret un gigantesque pied de nez a l’absurdité de la guerre. Mais il en est qui, du fond de leur âme, ont la vocation de la grandeur et de l’héroïsme. Avec Jean Moulin, le colonel Rémy, Anne Frank fait partie de cette race à part, en lutte permanente contre tous les fascismes. Son histoire exemplaire appartient à l’Histoire. George Stevens l’adapte au cinéma en 1959 sous le titre «Le journal d’Anne Frank». A côté de ces héros, la vie pour les humbles continue, avec le souci de survivre, surtout grâce au marché noir, comme Claude Autant-Lara le montre dans «La traversée de Paris» (1956). Les délateurs sont nombreux, surtout contre les juifs, partout fustiges, trahis, traques. Et quand ils sont pris, comme pour les résistants, c’est l’enfer.

Fernandel Malgré les assertions séniles d’une poignée d’imbéciles, les camps de concentration, aussi appelés camps de la mort, ont bel et bien existe. Des films comme «Stalag 17 », de Billy Wilder, «Les culottes rouges », d’Alex Joffe, «Kapo», de Gilles Pontecorvo, ou « La 25e heure», d’Henri Verneuil, nous ont montré l’horreur au quotidien dans ces parcs barbares, hymnes dantesques à la cruauté des hommes. Par bonheur, l’incarcération radicale prédispose les mieux entreprenants à se tirer rapidement d’un univers clos. Steve McQueen s’arrache avec douleur d’un camp et réussit « La grande évasion », tandis que Fernandel fait le «trou» normand dans «La vache et le prisonnier». La réalité se fait jour, atroce et singulièrement dérisoire, an 1944. «Paris brule-t-il?», s’exclamait René Clément, sur un scénario de Francis Ford Coppola, en évoquant, en superproduction, la libération de notre capitale, tandis que deux grands metteurs en scène, Charlie Chaplin et Ernst Lubitsch, se moquaient du conflit avec une grâce aérienne dans « Le dictateur» et «To be or not be». La guerre est finie? Le conflit dans le Pacifique Eh non, hélas, elle continue. La débâcle allemande en Europe, la désillusion italienne (qui volt fort heureusement ses Chemises brunes, aigre symbole du fascisme, s’effondrer sur la pierre), libère nos contrées. Cependant nos alliés américains n’en ont pas fini avec la guerre. La Germanie et nos voisins transalpins avaient, des 1941, signe un pacte tripartite avec le Japon, qui s’apprêtait à entrer en guerre contre les USA. Si Mervin Le Roy, an 1944, exalte l’amitié sino-américaine dans «Trente secondes sur Tokyo», Richard Fleischer raconte avec force et exactitude la célèbre attaque de Pearl Harbor, le 7 décembre de la même armée, dans «Tom! Tora! Tora ! », produit par Darryl Zanuck en 1970. Beaucoup de réalisateurs ont traité cette méchante guerre, Raoul Walsh, an 1945, dans «Aventures en Birmanie», avec Errol Flynn; David Lean dans le célébrissime «Pont de la rivière Kwal», avec David Niven, an 1957; Edward Dmytryk, en 1954, dans «Ouragan sur le Caine», avec Humphrey Bogart; l’Anglais John Boorman et son «Duel dans le Pacifique » (1969), avec Lee Marvin et Toshiro Mifune; Nagisa Oshima avec « Furyo», an 1983, ou beau coup plus récemment, Steven Spielberg avec «L’empire du soleil», en 1987. Ce conflit s’achève le 6 ao0t 1945, où vers midi le bombardier « Eno la gay » !argue sur Hiroshima une bombe atomique. Han : 100 000 victimes, dont certaines agonisent encore aujourd’hui…

Si cette mesure, ô combien radicale, à surement empêche depuis une nouvelle guerre mondiale, celle de 39-45 laisse dans toutes les bouches un goût acre et putride. Si aucune nation ne reste l’abri d’une pulsion meurtrière, nous sommes tous impliqués, sinon responsables des agressions et violences qu’à notre niveau, nous provoquons. Et cela, «Tant qu’il y aura des hommes»…

Laisser un commentaire