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Fév

Jean CocteauJean Cocteau, lui-même grand amateur de westerns, vous l’aurait dit sans fard en voyant ces merveilles : «Vous allez être étonnés!». Le John Wayne conquérant, burine mais tranquille, décide mais serein, paternel et grande gueule, amoureux sans attache et figure sacrée du grand Ouest impuni, était tout cela bien avant John Ford. Lors de son premier casting, un assistant, dit au géant : «Vous ne savez pas monter à cheval, vous ne serez jamais un cow-boy à l’écran! ». On volt ce qu’il en est advenu. Mais avant de parvenir au firmament des stars, John Wayne a tourné, comme McQueen dans «Au nom de la loi», des séries invisibles que Proserpine à la bonne idée de proposer en cassettes à des prix défiant toute concurrence (119 francs TTC). Inédits en salles comme au petit écran, ces incunables, qui durent une heure, vont ravir tous les nostalgiques du western pur et dur. Ces six premiers films, en tous points alléchants, nous racontent des histoires comme, aujourd’hui encore, les Américains ne savent plus en écrire. Dans «Le puits maudit», réalisé par Robert N. Bradbury’, un personnage antipathique d’âge moyen contrôle la moindre goutte d’eau tombant dans la vallée, à l’exception d’un petit puits. Un envoyé du gouvernement, Singin Sandy, tente de résoudre le problème.

Question pertinente : pourquoi cherche-t-on à dynamiter le puits de Mlle Parker? John Brant est brutalement jeté en prison, car accusé d’un crime qu’il n’a pas commis. Il parvient a s’évader et se joint à un groupe d’aventuriers. Il n’a qu’un but : retrouver le coupable. Le suspense est d’enfer, et nous serions criminels de vous dévoiler la fin. Fort bien réalisé par Arman Shaefer, sur un scenario de Lindsey Parson, «Que justice soit faite» condense, sans fioritures inutiles, deux thèmes essentiels, toujours d’actualité. Il en va de même pour «Vengeance en Arizona » d’Harry Freser. Une Indienne fort jolie se retrouve l’unique héritière de gisements pétrolifères. Chris Morell, ami de la famille, s’interpose entre la donzelle et une bande de hors-la-loi. Sans avoir l’air d’y toucher, le scenario de B.R. Tuttle aborde sans complexe un sujet brûlant : le racisme. On n’oubliera pas de sitôt la bagarre finale qui préfigure celle, homérique, de «L’homme tranquille». «Pour quelques pépites», réalisé par Robert N. Bradbury, raconte en plans serrés l’histoire de Jerry Mason qui part faire fortune dans l’Ouest. Avec son associé, il découvre une mine d’or et devient très riche. Mais rapidement, tout se complique… Ici, John Wayne interprète un rôle ambigu. Et si le film nous le montre en vrai justicier, la première demi-heure surprend tout d’abord par l’âpre portrait d’un vulgaire arriviste. C’est en détective, digne de l’agence Parkinton, que John Wayne se pose dans « Le dernier rodéo». Pourquoi sont-ce toujours les mêmes hommes qui gagnent les premiers prix du rodéo de Barton? Pourquoi, chaque fois qu’un type de la région une chance de gagner, meurt-il dans des circonstances mystérieuses? La mise en scène de l’inévitable Robert N. Bradbury privilégie dans cet épisode carrément policier les pros plans et les plans moyens, qui ont l’avantage de resserre r l’atmosphère, d’étouffer l’ambiance. Seuls les plans de fin sont élargis pour nous permettre de respirer un peu! Tous ces films courts sont réalisés en 1933 et 1934 sous la houlette avertie de la société Lone star productions. Petits moyens, petits métrages, le mot d’ordre est: « Il faut faire vite, court et bien». Des lors, on a le droit d’être surpris par la qualité de la réalisation, l’efficacité du montage et la hardiesse des thèmes abordes. Tout va très vite et la musique de William Barber participe comme il faut à cette curieuse impression de fulgurance. Que dire de Wayne, déjà parfait? Les mauvaises langues susurrent qu’il n’a toujours fait qu’interpréter le même rôle. Justicier platonique, défenseur tranquille des faibles et des opprimes, apôtre fascisant du Bien contre le Mal (entendez des bons Américains contre les méchants Indiens) ou révélateur implacable d’une société en souffrance, héros positif, miroir et symbole d’un peuple introverti qui n’ose avouer ses hontes… L’Amérique bicentenaire tente depuis longtemps d’exorciser ses craintes. Le massacre des Indiens fait partie de celles-là. John Wayne incarne à jamais une conscience populaire, à la fois sûre d’elle et paradoxalement souvent perturbée. Par extension, ses angoisses deviennent les nôtres, et ses triomphes nous troublent. John Wayne est un mythe inaltérable et fier, mais cependant brisant comme du marbre. Ces «petits» films sont là pour nous le montrer, en toute simplicité. Et si nous avons omis de nous étendre sur l’un d’eux, «L’honneur retrouvée » le meilleur de la série, sans doute — c’est pour que vous preniez conscience de la fragilité vacillante d’un tabou vivant. John Wayne.

Au moment où « 58 minutes pour vivre », la suite de «Piège de cristal » (CBS-Fox), bat tous les records d’entrées aux Etats-Unis et sort en France, Bruce Willis charme toujours les téléspectateurs de M6, avec l’excellente série « Clair de lune », et envoûte les vidéophiles avec « Un héros comme tant d’autres» (Warner). Trois bonnes raisons de donner la parole à cette nouvelle star US…