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Il sévit sur Europe 1, il sévit sur Canal + … et il va sévir en vidéo. Paul Lederman et Claude Mutinez, ses producteurs, ont concocté la cassette du siècle, une compilation explosive de ses sketches les plus délirants et les plus impertinents. Belle occasion, pour notre plus jeune journaliste, Céline, de rencontrer ce fou génial nommé Coluche que les psychiatres de France recherchent pour lui voler sa médecine antistress.

Coluche«Ce soir, rendez-vous Coluche, 18 heures». Ces paroles résonnent dans mes tympans comme une formule magique. Aussi énervée que si j’avais bu un litre de Nescafé, je débarque dans les studios d’Europe 1 du haut de mes 1,63 m talons inclus. J’ai ouï-dire que lorsque M. Colucci n’est pas dans son bon jour, il n’est pas très conciliant pour les interviews. On verra bien… Je pénètre dans une grande pièce, qui me sépare d’une vitre de celui que j’attends : Coluche en personne. J’assiste à la fin de son émission sur Europe 1, morte de rire.., et de trac en même temps. Enfin, vers 18 heures, il sort de son aquarium et me conduit dans un bureau ; il a l’air relax. J’enclenche mon magnéto Sony et me saisis fébrilement de mon questionnaire. C’est parti ! On attaque la première question.

Je viens de voir ta cassette vidéo, tu sais, qui regroupe plein de sketches. Des anciens et des nouveaux, même certains inédits. C’est vraiment à crever de rire. Tu l’as vue ?

Non, mais je connais un peu, c’est moi qui ai écrit toutes les conneries. En vidéo, ça doit bien passer… Faut faire de la pub !

Voilà, c’est fait. La cassette est dans tous les bons vidéoclubs et dans certaines pharmacies spécialisées dans les antidépresseurs. Bon. Comptes-tu remonter sur scène ?

La Seine ? Oui, la Loire aussi, mais surtout la scène… Dans un an, c’est prévu.

En tant qu’acteur, t’as des films en projet ?

Je vais faire un film bientôt, qu’on tournera cet été et qui sortira en octobre. . Ça s’appellera « Autodéfense» et qui traitera d’une manière comique, un sujet sérieux. Voilà. C’est l’histoire de commerçants qui ont un pavillon en banlieue et qui cherchent à le défendre contre les agressions extérieures.

Côté chanson, est-ce que, comme beaucoup d’artistes, tu as l’intention d’enregistrer un disque ?

Non, j’ai commencé chanteur, mais je ne pense pas que je finirai chanteur.

Tu n’en as plus l’envie ?

Non, mais… c’est ce que je fais de moins bien dans l’ensemble.

Cette histoire de mariage avec Thierry Le Luron, comment ça s’est fait ?

C’est les sentiments qui commandent, hein. Ça faisait longtemps qu’on s’aimait, qu’on était fiancés. Nos premiers rapports remontent à 78 dans une roulotte lors d’un gala à Chalon-sur-Saône. On s’était changés ensemble et on s’est retrouvés tout nus, ce fut le coup de foudre et on a gardé le projet de se marier un jour, d’authentifier notre union à la face du monde. Au «Jeu de la vérité» on m’a demandé une fois si j’avais eu des rapports homosexuels, j’ai dit oui, et je pense qu’il faut faire de la publicité aux rapports homosexuels. Je suis content de le faire et, en plus, je le fais par amour pour lui.

Justement, à propos de ce fameux «Jeu de la vérité», finalement qu’est-ce que t’as ressenti à la fin ?

Je trouve que c’est une émission formidable pour moi ! J’ai fait deux fois de suite le meilleur score. Si on regarde bien, moi je ne vois pas qui pourrait dire une vérité qui intéresse les gens à ce point là !

Tu as des enfants ?

Oui, j’ai des enfants.

Je sais que tu as vécu beaucoup d’expériences, comment expliquerais-tu à tes enfants tout ce qui se passe sur la drogue, ou dans la vie ?

J’ai pas l’impression qu’on ait besoin d’expliquer ces choses là aux enfants. L’avantage qu’ils ont sur nous, c’est qu’ils sont nés avec les choses que nous on a eu besoin de digérer et de comprendre. Quand on est né avec des choses, on les comprend d’instinct.

Et avec les gonzesses, t’es comment ?

Avec les gonzesses, c’est quand elles veulent, y’a aucun problème. (Tout à. coup, je vois apparaître Jean-Claude Brialy dans la salle, et j’entends Coluche qui lui balance, cynique «tiens bah justement, on parlait de toi» !).

«Vous avez beaucoup de chance, me dit Brialy, parce qu’il est assez sauvage d’habitude…» Après quelques paroles échangées avec notre Coluche national, il s’éclipse, aussi mystérieux et fascinant qu’à son arrivée… Je surenchéris alors avec une autre question.

Donc, quel genre de gonzesse te plaît ?

J’aime les gonzesses sexy… Mais tu parles des gonzesses que j’aime sexuellement, ou des gonzesses que j’aime en général ?

Les deux.

Ah non, c’est pas pareil, faut faire une distinction. Physiquement, sexuellement, j’aime les gonzesses sexy, enfin «sexy» ça veut rien dire, c’est un problème de goût. Et en dehors de ça, j’aime les femmes pour les mêmes raisons que les hommes, je les aime décidées, tendres, douces, fermes et définitives.

T’es plutôt du style volage ?

Non.

Romantique ?

Non plus ! Je suis du genre… gros cochon vicelard.

Je pense qu’en 86, Chirac sera Premier ministre, en 86 ou 87, l’Assemblée va être dissoute, parce que la France sera ingouvernable, avec Mitterrand au pouvoir et Chirac Premier ministre. Soit on aura droit à des élections anticipées, soit le Président fera un référendum pour savoir si les Français souhaitent vraiment que la France soit gouvernée d’une part par un Président de gauche et d’autre part par un Premier ministre de droite. On va se marrer.

Et à propos de la vidéo, t’as un magnétoscope ?

Je regarde beaucoup de films, je loue sept films par semaine.

Quel style ?

J’aime bien les films policiers, d’action, les films pornos, évidemment, et les classiques.

T’es un fan de Marilyn Chambers ?

Je sais pas qui c’est. C’est une fille ? Je l’ai peut être déjà vue dans un film, mais je connais pas les noms. Je les reconnais pour leur cul et pour leur queue, mais je sais pas leurs noms.

Est-ce que tu as retrouvé certains fragments de ta personnalité dans le personnage de «Tchao Pantin»?

Non. C’est ça qui est intéressant, c’est d’être assez loin de soi, même au cinéma. Parce que le music-hall, la radio, la TV, c’est quand même que du Coluche, du Coluche, du Coluche. Donc, au bout d’un moment, t’as envie de varier. «Tchao Pantin», c’est un type qui est assez loin de moi.

On t’a plus ou moins comparé à Raimu, d’ailleurs, dans ce rôle.

Je trouve pas ça gentil pour Raimu, mais c’est sympa pour moi !

Qu’est-ce que tu as vu, récemment, au cinéma ?

J’y ai pas été depuis au moins un an. Je regarde surtout la vidéo.

Pourquoi, on t’emmerde dans la rue ?

Non, on m’emmerde pas, on m’accoste. Heureusement d’ailleurs pour moi que ça m’emmerde pas, sinon je serais déjà emmerdé jusqu’a dessus de la tête ! En général, je ne vais pas au cinéma parce que je me fais beaucoup chier… Alors l’avantage de la cassette, c’est que la demi-heure chiante tu la passes en accéléré et puis voilà. Mais quand t’es au cinéma, il te manque le bouton !

Et la musique ?

Ben moi, j’aime bien la musique. Mon préféré du moment c’est Billy ldol. J’aime bien Rita Mitsouko, parce qu’on dirait les Charlots. En tout cas, je resterai toujours fidèle à Elvis.

A l’école, t’étais comment ?

J’y suis allé jusqu’à 13 ans 1/2, j’ai raté le certificat d’études primaires, parce que l’expression me plaisait pas. Je voulais pas posséder un truc primaire.

Et tu déconnais ?

Ah oui, pas mal, oui ! Mais tu sais, depuis que je ne suis plus enfant, je me suis sérieusement calmé.

Ça devait être quelque chose…

Ouais, tu vois dans l’ensemble… Donc y’a un moment où ça a été très grave…

Je vais te dire, c’est vachement impressionnant de t’interviewer, moi j’ai 16 ans, et quand je me retrouve en face de toi…

Je vais te dire t’es quelqu’un de très impressionnant aussi… Je trouve que tu exagères.

Oui, mais toi tu te connais, nous on ne connait que l’image qu’on a de toi sur l’écran, sur la scène…

D’ailleurs quand les gens te regardent dans la rue, c’est comme si t’existais pas, ou alors ils s’imaginent que t’as toujours été vedette, aussi.

Je suis sûre que tu es quelqu’un de timide au fond de toi…

Non, je suis pas très timide. Tu sais les clowns tristes, la timidité refoulée au profit d’un culot monstrueux, la culture du paradoxe, je crois que c’est une légende populaire, c’est comme le trac…

T’as jamais le trac ?

Non… Je me saisis d’une cigarette et machinalement lui en propose une, qu’il dédaigne…

Tu ne fumes pas ?

Si, mais rien qui est dans le commerce…

Et en ce moment, qu’est ce que tu fais ?

Je fais Europe 1 tous les jours et Canal +, qui m’accapare quand même de 13 h jusqu’à 20 h 30, et le matin je m’entraîne un peu en moto parce que je n’ai pas dit mon dernier mot, j’ai l’intention de battre encore des records du monde.

Ah, ben oui, ça a dû être génial pour toi de battre le record ?

Ouais, c’est un truc d’enfance que j’avais toujours voulu faire.

Et tes motos, tu les rafistoles toi-même ?

Ah non, je ne suis pas qualifié pour le faire, moi. C’est pas à la portée de tout le monde de régler une moto de course qui atteint 250 km/h.

Les bagnoles, tu les collectionnes aussi ?

On pose souvent la question de savoir si je suis collectionneur, je dis toujours non, mais enfin je commence quand même à en avoir un paquet, douze ou treize.

Et Marceau, qu’est-ce que t’en penses, y’a quand même eu pas mal de bruit autour récemment…

Le mime Marceau ?

Non, Sophie !

Ah Sophie Marceau !

Par exemple, après  «Le jeu de la vérité», elle a dit qu’elle avait menti.

Je crois que je suis comme le reste des Français, j’m’en fous.

L’affaire Greenpeace, tu t’en fous aussi !

Ah, Greenpeace c’est déjà beaucoup plus rigolo ! C’est l’actualité délayée, c’est beaucoup plus amusant ! Cri n’a jamais rien su de réel et on en a quand même fait une histoire.

Comme la majorité des Français, je pense que ton mariage avec Le Luron est une parodie de celui de Mourousi, non ?

Chacun est libre de penser ce qu’il veut. Pour nous, c’est simplement parce qu’on s’aime et qu’on veut avoir des enfants.

Et vous comptez en avoir ?

Ah j’espère bien…

Tu ne prends plus la pilule alors ?

Je ne prends plus la pilule, j’ai arrêté, d’ailleurs j’enfle. Si on a une fille on l’appellera Yves. C’est Le Luron qui l’a dit.

Les interviews, dans l’ensemble, ça t’emmerde ?

C’est pas notre travail, tu comprends. Moi, on m’interroge beaucoup comme si tout d’un coup je savais plein de trucs, alors que je sais rien, des fois, de la question qu’on me pose. Je peux pas dire vingt fois de suite : «Je ne sais pas, je ne sais pas de quoi vous parlez». Et Sophie Marceau, je m’en fous.

Tu sors parfois ?

Maintenant je me suis calmé. J’ai passé quinze ans de ma vie à ne pas voir le jour. Je suis quelqu’un d’excessif. Si je me mets à sortir, je sors toutes les nuits. Quand je m’arrête, c’est pour de bon.

Tu veux tout essayer dans ta vie, en fait ?

Tu sais, la vie on n’en aura pas d’autre. J’ai la chance d’être connu, en plus.

Tu prends ton pied en choquant les gens ?

Je n’ai pas l’impression de choquer, moi. Évidemment, quand il y a une idée à émettre sur le sexe, moi je suis toujours pour que le sexe soit nu. La vieille France voudrait plutôt qu’on le cache. Moi je pense que s’ils veulent cacher leur sexe, c’est qu’ils l’ont petit.

J’ai écouté ton émission à Europe 1, et je remarque que tu y racontes beaucoup d’histoires drôles. Tu pourrais m’en raconter une que tu aimes bien ?

Bien sûr, j’en ai plein (il me sort de son tiroir une vingtaine de feuilles tapées à la machine !). Y’en a une que j’aime bien, c’est le petit gosse qui joue dans le caniveau à faire une boulette avec de la terre et de la merde. Y’a un flic qui s’approche de lui, qui dit «qu’est-ce que tu fais ?» et il répond «je fais un facteur». Le flic dit «pourquoi tu fais un facteur, tu sais pas faire les flics ?», et le môme dit «si, je sais, mais là j’ai pas assez de merde…».